Reine de COEUR, le combat de Lenka
Ou comment provoquer la chute d’un tortionnaire
C’est la fin des années 1990 dans une Europe qui vient de voir l’empire communiste se fissurer. C’est aussi une Yougoslavie qui se déchire et la guerre qui éclate. C’est encore un homme, prêt à tout, qui prend la tête d’un mouvement politique et qui porte en lui l’idée de la “Grande Serbie“, prêt à tout pour atteindre son objectif. Il instaure sa dictature moderne et tente de dicter le cours de l’Histoire dans les Balkans. Le combat de Lenka est né de la lutte contre la politique autoritaire menée par le dictateur serbe Slobodan Milošević qui instaure la terreur et le sang dans tout le pays. En tant que militante, Lenka sera l’une des activistes du mouvement “Otpor!”.
Nous suivrons la naissance de ce mouvement révolutionnaire pacifiste utilisant l’humour comme une arme pour ridiculiser la dictature qui sévit dans leur pays jusqu’à son point d’orgue : le 5 octobre 2000 à Belgrade, couramment nommé «La révolution des bulldozers » où le peuple s’est levé s’ attaquant au bâtiment de la Radio Télévision de Serbie, symbole du pouvoir de Milošević.
Lenka, c’est un peu l’alter ego de Srdja Popovic, fondateur du mouvement “Otpor !“. Je me l’imagine comme l’une de ses acolytes de la première heure. Nous avons toutes les deux sensiblement le même âge, en tout cas, nous appartenons à la même génération, celle qui fraîchement sortie de l’adolescence aborde les années 2000, en baignant dans le rock, le punk, et dans l’énergie optimiste qui pousse à agir ; où tout semble possible à l’aube du nouveau siècle.
Reine de TREFLE, le combat de Maria
Ou comment obtenir justice et faire éclater la vérité
Un coup d’État, le 24 mars de 1976 fait basculer tout un pays dans l’horreur. Nous sommes en Amérique du Sud où les dictatures s’installent comme la rosée fraîche se dépose chaque matin. Après le Chili, l’Uruguay, la Bolivie ou le Brésil, c’est au tour de l’Argentine de sombrer. L’axe développé sera celui des ces femmes, mères et grands-mères des quelque trente mille disparu.e.s de la dictature de Videla. Alors que les ford Falcons sillonnent le pays afin de rapter les opposants de cette dictature, Maria et ses sœurs de combat s’organisent pour obtenir la vérité sur le sort de celles et ceux qu’elles ont vu s’évaporer du jour au lendemain.
Ensemble, elles ont osé défier l’autorité suprême en se rassemblant sous les fenêtres de la casa rosada, sur la place de mai le 30 avril 1977. Comment aussi leur cause a pris de l’ampleur, grâce au relai dans les médias grâce à une visibilité inattendue : elles ont été filmées dans un documentaire néerlandaise pendant la première journée du Mondial de football de 1978, alors que la direction militaire avait invité des médias étrangers pour mettre en évidence le spectacle sportif, en essayant de cacher la situation politique du pays.
C’est la réminiscence de discussions partagées à l’autre bout de l’Atlantique qui m’a inspirée. Je fais mon premier voyage en Argentine en 2006. 2008, le second, le troisième en 2017… Là bas, je rencontre une jeunesse vivante et militante qui donne son temps libre aux enfants des villas de emergencia, comme si cette attitude solidaire faisait partie de leur ADN. Ils sont de la génération qui n’a pas directement vécu la dictature, mais qui en porte pourtant la marque indélébile. La cicatrice est encore très fraîche dans leur société.
Je rencontre leurs parents, leurs grands-parents. Ils racontent l’horreur et la peur qu’ils ont tous endurés. S’est imposée à moi, la ville de Buenos Aires – 1977, Videla, sa dictature militaire et ma reine de trèfle : ce sera Maria, mère de l’une des 30 000 personnes « disparues », grand-mère de l’un des 500 bébés volés. Maria est une des nombreuses victimes de “la grande guerre”, de “la guerre sale”.
Elle arrive en Argentine avec sa famille en fuyant Mussolini. Buenos Aires, elle y grandit, y fait sa vie et y défend ses droits et ses valeurs, en devenant l’une des mères de la place de mai.
Reine de PIQUE, le combat de Sylvia
Ou comment faire avancer les lois pour vivre digne
La lutte contre la ségrégation raciale aux États Unis d’Amérique a connu plusieurs épisodes et différents mouvements, dont certain très radicaux comme celui des “Black Muslims“ ou celui des “Black Panthers Party“. Ce n’est pas la voie qu’a choisi de suivre Sylvia qui s’inscrit, elle, dans un long combat marqué par le principe de la non-violence et de la désobéissance civile.
16 ans lors de son déclic. 1955, Montgomery, capitale de l’État de l’Alabama, États-Unis. Sylvia, ma reine de pique est au fond d’un bus, bien à sa place de femme noire, comme la loi l’exige. Une autre femme noire, elle aussi est là. Elle, au centre du car. Elle est fatiguée de courber l’échine, la ségrégation la fatigue. Elle s’assoie, là où une place est vacante, et c’est tout. Témointe d’un des actes majeurs dans l’histoire des droits des afro-américains, Sylvia assiste en direct à l’arrestation de Rosa Parks. Cet instant restera gravé dans sa chair et signera son engagement en politique. Impossible de rester sagement dans son coin alors que la lutte pour les droits civiques fait rage sous ses yeux.
Elle s’engage aux côtés du pasteur Martin Luther King et tant d’autres. Le 5 décembre 1955 marque le début du boycott dans les bus de Montgomery. Cet acte, premier d’une longue série, renforcera la ténacité des militant.e.s qui ne renonceront devant aucun sacrifice pour obtenir Justice.
Le récit de Sylvia, c’est un voyage dans les états-unis des années 50′ – 60′, en partant de Montgomery, elle passe par le comptoir du restaurant Woolworth à Greensboro, marche sur Washington, prend le bus jusqu’en Nouvel Orléan aux côtés de tant d’autres ami.e.s et militant.e.s du mouvement américain des droits civiques.
Reine de CARREAU, le combat de Nora,
Ou comment se faire une place dans une société patriarcale , et gagner le respect de soi
Nora s’estime chanceuse, puisqu’elle a échappé à toutes les rafles qui ont ravi sa famille et sa communauté. Sauvée de justesse, Nora passe son enfance à l’abri du tumulte auprès du couple Hagnauer dit Pingouin et Goéland à la maison de Sèvres. Ils sauveront ensemble un grand nombre d’enfants orphelins ou abandonnés, victimes de la grande guerre. C’est à leurs côtés que Nora développera sa conscience politique et forgera les traits profonds de sa personnalité.
En 1958, si les femmes ne jurent plus obéissance à leur époux au moment de contracter le mariage, la famille est toujours régie par l’autorité paternelle. La contraception et l’avortement sont bien entendu strictement interdits et punis par la loi. La discrimination à l’embauche est factuelle puisque la place de la femme est d’être au foyer. Nous sommes en France, c’est la cinquième république. Une société profondément inégalitaire et patriarcale.
C’est dans ce bain que Nora grandit. Elle est une jeune fille de son époque.
Nora s’insurge.
Eduquée toute sa vie par des figures fortes et militantes, c’est très naturellement qu’elle rejoindra les rangs de celles qui oeuvrent pour que la Femme Française puisse élever sa condition. La lecture du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir lui ouvre les yeux et l’entraine dans une spirale de lutte. Elle sera de l’association Choisir auprès de Gisèle Halimi, au MLAC, au MLF, déposera une gerbe « à la femme du soldat inconnu » sous l’Arc de triomphe à Paris, s’engagera au planning familial. A travers le parcours de Nora, c’est l’histoire du mouvement féministe Français qui se lit en filigrane.
C’est aussi un hommage à toutes celles ont battu le pavé joignant leurs voix à celle de Nora et de tant d’autres pour que nous, femmes d’aujourd’hui puissions continuer à faire et revendiquer notre place dans cette société.
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